Interview de Romain Baert, CEO d’Addingwell

Date : 30 mai 2024, par Nicolas Chollet. Invité Romain Baert
J’ai eu la chance d’interviewer Romain Baert, fondateur d’Addingwell, une solution d’hébergement et de mise sous contrôle de GTM server-side.
Voici les sujets que nous avons abordé :
  • Partie 1 - Introduction et présentation d’addingwell
  • Partie 2 - Le parcours de Romain, et pourquoi il a créé Addingwell : 03:13
  • Partie 3 - Démonstration de l’outil : 18:47
  • Partie 4- Discussion concernant les adblockers, le RGPD et la gouvernance des données: 30:34
  • Partie 5 - Le développement commercial d’Addingwell : 41:00
  • Partie 6 - L’organisation de l’entreprise, le futur, les levées de fonds ou pas... : 49:14

Introduction et présentation d’addingwell

Nicolas Chollet : Bonjour à tous, bonjour Romain. Je me présente, je suis Nicolas Chollet, fondateur de la société de conseil en data marketing Unnest.
Aujourd'hui, j'ai la chance de recevoir Romain Baert, fondateur de la société Addingwell. Romain, bonjour, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Romain Baert : Bonjour Nicolas, merci pour l'invitation. Je suis Romain Baert, j'ai presque 40 ans et je suis le fondateur d'Addingwell, une société de deux ans et demi. Je suis le CEO et je gère principalement les activités de marketing, de commercialisation et de mise en avant de notre produit sur le marché.
Nicolas Chollet : Ok. Avant de rentrer dans les détails, est-ce que tu peux expliquer ce que fait Addingwell en quelques mots ? Ensuite, on reviendra sur ton parcours et pourquoi tu as créé cette société.
Romain Baert : Oui, pour comprendre, il faut surtout comprendre le problème que nous résolvons. Dans le marketing digital, il est essentiel d'avoir des données pour analyser, segmenter et comprendre ce qui se passe dans un environnement digital et publicitaire.
Historiquement, nous avions des outils de tracking pour collecter ces données. Cependant, ces dernières années, avec les régulations comme le RGPD et les restrictions imposées par les géants du web, le marché a été chamboulé. Apple et Firefox ont initié des changements, et Google prévoit de suivre en 2025, rendant le tracking traditionnel obsolète.
Romain Baert : Ce chamboulement signifie que tout le tracking sur lequel reposaient les études historiques est en train de disparaître. C'est là qu'intervient la nouvelle technologie de tracking server side.
Au lieu d'utiliser le navigateur de l'internaute pour collecter des informations, nous utilisons une plateforme serveur extérieure. Addingwell a développé une plateforme SaaS qui aide les marques et principalement les agences à mettre en place ces nouveaux dispositifs de tracking pour les annonceurs.
Romain Baert : Cette transition nécessite des connaissances techniques en hébergement, suivi et monitoring. Une plateforme tout-en-un permet d'accélérer ces projets critiques et nouveaux.

Le parcours de Romain, et pourquoi il a créé Addingwell

Nicolas Chollet : Ok, merci. Du coup, ça m'intéresse de comprendre pourquoi tu as eu l'idée de créer ça, parce que c'est un marché qui, il y a 4 ans, n'existait pas du tout. Peux-tu nous raconter un peu ton parcours, ce que tu faisais avant, et comment tu en es arrivé à créer une boîte qui fait de l'hébergement ?
Romain Baert : Oui, et sans être DevOps de formation, donc il y a un grand écart.
Je pense que l'histoire est intéressante, parce qu'on voit aussi pourquoi Addingwell a rencontré un succès assez rapide. Je suis ce qu'on appelle un digital native, avec une carrière 100% liée au marketing digital et à la publicité.
J'ai commencé dans le CRM avec des expériences très intéressantes chez Emailing Solutions et Experian pendant une dizaine d'années. Ensuite, j'ai voulu passer du côté acquisition et j'ai eu la chance de co-fonder Mazeberry, une solution d'attribution multitouches, avec Thibault Lemay, le fondateur. Cette aventure a marqué deux choses : la découverte de ma fibre entrepreneuriale et mon intérêt pour l'analyse de données.
Romain Baert : En réalité, c'est l'expérience chez Mazeberry et Ysance, avec la fusion que nous avons opérée, qui a ouvert la porte au server side. J'ai passé sept ans dans cette aventure, proposant des solutions d'attribution multitouches.
Nous affirmions que le modèle du last click n'était pas suffisant pour être une entreprise data-driven. Avec des outils comme Masberry, nous pouvions analyser toute la customer journey, basée sur le tracking client-side. Cette analyse a permis de créer un marché qui a explosé et qui était très enrichissant.
Romain Baert : À un moment, avec un des associés de l'époque, Julien Decroix, nous avons constaté que plus nous allions loin dans l'algorithmie et l'analyse de données, plus la qualité des données se dégradait. C'est à ce moment-là que nous avons commencé à réfléchir à une nouvelle approche.
Après cette aventure et une opération de fusion-acquisition, nous avons décidé de repartir de zéro. Nous avons vu un nouveau marché émerger : aider les marketeurs à s'assurer de la qualité de la collecte de données, que ce soit pour le CRM, l'attribution ou les analytics.
Romain Baert : C'est ainsi qu'est né le projet Addingwell. Avec l'émergence du server-side et GTM Server-side, nous avons fait le pari que ce serait un besoin massif. Nous avons commencé à explorer comment aider les annonceurs à passer au server-side. En montant notre propre server-side, nous avons rapidement réalisé les défis techniques et avons décidé de développer un produit SaaS pour simplifier ce processus.
Nicolas Chollet : Je reviens sur la partie acquisition. Vous aviez rejoint Ysance, une société plutôt orientée service. Tu es resté combien de temps là-bas et comment cela s'est passé ?
Romain Baert : Ysance avait une double casquette : très connue pour son ESN et sa plateforme CDP destinée aux retailers, la Retail Marketing Platform (RMP). Nous avons réalisé une fusion-acquisition pour craquer le marché de l'attribution omnicanale pour les retailers. Les clients historiques de Ysance incluaient Cultura, Auchan, Boulanger et Yves Rocher. L'objectif était de prouver l'impact du digital sur les ventes en magasin et de calculer un ROI.
Nicolas Chollet : Ok. Et pourquoi n'es-tu pas resté ?
Romain Baert : Il y a plusieurs raisons. D'une part, l'émergence du projet Addingwell était très intéressante. D'autre part, chaque aventure a une fin. Après plusieurs années, j'avais envie de nouveaux défis entrepreneuriaux. Je ne suis pas un entrepreneur né, mais l'histoire m'a conduit à le devenir. J'ai co-fondé Mazeberry, et maintenant, avec Addingwell, je suis pleinement un entrepreneur.
Nicolas Chollet : Très bien. Tu parlais des dates. J'ai publié un article sur le server-side début 2022, et tu m'avais contacté sur LinkedIn en disant que vous aviez une offre. C'est ainsi que tout a commencé. Maintenant, tout le monde vous connaît. Comment avez-vous démarré concrètement les premiers mois ?
Romain Baert : En transparence, nous avons pivoté assez vite. Le mois 1, nous avions nos convictions sur le server-side comme un Eldorado. Nous avons monté notre propre server-side pour comprendre son fonctionnement. Rapidement, nous avons constaté les défis techniques et avons décidé de créer un produit SaaS pour simplifier ce processus.
Romain Baert : Dès le mois 2, nous avons construit un produit permettant de déployer une infrastructure server-side en quelques clics. Notre objectif était de rendre le server-side accessible à toutes les entreprises, grandes ou petites, avec un modèle économique adapté.
Les premières agences, comme Unnest, nous ont rapidement fait confiance. Notre solution permettait aux experts de l'analytics et du tracking de se concentrer sur leur métier sans se soucier des aspects techniques du server-side.
Nicolas Chollet : Au début, j'étais dubitatif. Google proposait déjà une solution sur App Engine. Mais ensuite, j'ai rencontré des problèmes, comme le manque d'alerting et les problèmes de scalabilité. Vous avez résolu ces problèmes avec votre solution, rendant le server-side plus fiable et accessible.
Romain Baert : Absolument. Le sujet du server-side n'est pas seulement une question de connaissances techniques, mais aussi de gestion des priorités et de maintenance. Les roadmaps IT sont souvent saturées, et il y a eu de nombreuses évolutions ces dernières années. Notre solution permet de surmonter ces défis et de rendre le server-side accessible et performant pour tous.

Démonstration de l’outil

Nicolas Chollet : Très clair. Et du coup, est-ce que tu peux nous faire une petite démo de l'outil ? Ca permet je pense, de se projeter un peu sur ce que ça fait concrètement, comment ça fonctionne.
Romain Baert : Parfait, je vais partager mon écran. Ce qui est surtout intéressant, c'est de se rendre compte de ce qu'est le métier du server-side et de la réalité liée aux éléments. Pourquoi faisons-nous du server-side au départ ? C'est pour mettre en place les cas d'usage liés à la fin des cookies tiers et donc l'adoption des nouvelles API de conversion du marché comme Facebook, Pinterest, TikTok, etc.
Il s'agit de garantir le maintien de l'identité dans le temps, notamment sur Apple qui supprime tous les 7 jours ses cookies, et de contourner les adblockers. Ce sont à peu près les trois principaux cas d'usage.
Romain Baert : Un autre aspect important pour les grands groupes est la gouvernance de leurs données. Avec le server-side, c'est moi qui traque, c'est moi qui distribue, et entre les deux, je fais ce que je veux. Je peux supprimer, enrichir ou transformer les données, ce qui est crucial. Sur l'interface d'Addingwell, nous sommes simplement l'hébergeur du conteneur serveur de GTM. GTM est l'outil qui contrôle les flux client-side et server-side.
Votre partenaire Unnest est celui qui câblera avec vous et mettra en place les cas d'usage. Pour que ces cas d'usage fonctionnent en continu avec une R&D, vous avez besoin d'un hébergeur de votre conteneur, et Addingwell fait partie de ce marché-là.
Romain Baert : Nos atouts sont visibles dans l'interface. Déjà, il y a une interface, ce qui est une valeur ajoutée dès le départ. Dans cette interface, vous pouvez voir des éléments importants comme la possibilité de faire du multidomaine. Par exemple, si j'ai un domaine .fr, un .co.uk, ou .de, je peux les intégrer et faire du server-side sur l'ensemble de mon site Internet. Nous avons des zones de déploiement des serveurs partout dans le monde. Vous pouvez déployer des serveurs dans 50 pays en un seul clic, ce qui est essentiel pour la web performance.
Romain Baert : Pour les DevOps, le multi-zone peut être compliqué, mais avec Addingwell, il suffit de cliquer pour choisir la zone de déploiement, valider, et 20 minutes après, vous avez une infrastructure totalement load balancée avec un serveur à Milan, par exemple. C'est crucial pour le taux de disponibilité élevé, ce qui est vital pour le côté IT et DevOps.
Romain Baert : Notre promesse est ici, transparente : ce sont nos SLA. L'objectif est de garantir que dans 99,95% des cas, le serveur est disponible pour recevoir des requêtes. Nous avons des pénalités en cas de non-respect, ce qui évite le stress de voir son serveur tomber lors d'un Black Friday, par exemple.
Romain Baert : Côté fonctionnalités, nous avons trois grands blocs. Je vérifie l'activité de mon tagging server, ce qui entre et ce qui sort. La partie CDN est principalement utilisée pour contourner les adblockers. Le server-side ne bypasse pas les adblockers car le premier appel sur le site Internet est souvent bloqué. Le CDN personnalise en first party chaque appel JS qui amène l'appel de l'analytics.
Romain Baert : La valeur d'Addingwell réside également dans le monitoring et l'expertise. Nous offrons un support inclus, aussi bien pour nos partenaires que pour les utilisateurs. Nous aidons à la recherche de cas d'usage et fournissons un accès à nos agendas. Le monitoring permet de vérifier en temps réel les tags, les événements et les données envoyées, avec un système d'alerting. Si quelque chose ne fonctionne pas, tout le monde est informé, évitant ainsi le syndrome de la boîte noire.
Romain Baert : Enfin, le cookie monitoring s'assure que dans tous les environnements (Apple, Chrome, etc.), les cookies sont bien résilients et conformes aux régulations. Nous vérifions que les cookies ont une durée de vie appropriée et résistent au-delà de 7 jours. Cela permet de garantir la fiabilité des cookies sur tous les domaines.
Romain Baert : En résumé, nous avons un besoin d'hébergement server-side pour aller plus vite et avec plus de sérénité. Chaque étape clé du server-side est couverte par nos fonctionnalités. Dans l'avenir, nous continuerons à gérer ces éléments et à nous adapter aux nouveaux défis et opportunités.
Nicolas Chollet : C'est vrai. Pour détailler le cas dont tu parles, effectivement, il s'agit d'envoyer des données de vente en magasin physique vers Google Ads et Facebook Ads pour nourrir les algorithmes et faire de l'attribution. En utilisant GTM Server Side, nous pouvons envoyer les hits de vente vers le conteneur server-side, puis redistribuer les données vers les différentes destinations publicitaires.
Romain Baert : Oui, c'est un des points que nous avons perçu très vite. Nous avons choisi de nous appuyer sur une plateforme compatible avec GTM plutôt que de développer une plateforme server-side de bout en bout. Cela nous permet d'intégrer des données d'entreprises, comme la LTV ou les marges, et d'enrichir les hits à la volée en toute confidentialité, évitant ainsi les problèmes de sécurité.
Nicolas Chollet : Après, je dois bien dire que Google Tag Manager et Google Tag Manager Server Side, en tant que produits tech, sont des œuvres d'art. Autant Google peut se tromper sur certains produits comme GA4, autant GTM fonctionne toujours très bien. C'est assez exceptionnel en termes de conception.
Romain Baert : La puissance de GTM, client-side et serveur-side, réside aussi dans la communauté et le fait qu'il soit basé sur des composants Docker proches de l'open source. Il y a de grands contributeurs sur les librairies TAG, l'outil est puissant et le code est performant. Les phases d'adoption sont intéressantes grâce à cette communauté de consultants et de freelances qui rendent GTM accessible et non effrayant, même pour ceux qui ne sont pas webanalystes de formation.

Discussion concernant les adblockers, le RGPD et la gouvernance des données

Nicolas Chollet : Et alors, peut-être un petit disclaimer quand même sur un point qui est le sujet du consentement. Ce n'est pas parce que vous faites du server-side que vous n'êtes pas censé obtenir le consentement des utilisateurs. Vous n'avez pas le droit d'envoyer par exemple des données à Facebook Ads ou Facebook CAPI sans le consentement de l'utilisateur. L'usage du server-side pour contourner le consentement n'est vraiment pas une bonne pratique. C'est le premier point.
Nicolas Chollet : Le deuxième point, qui est plutôt une question, concerne l'optimisation. On parle de contourner les adblockers et d'avoir des cookies qui durent plus longtemps. Mais pourquoi les cookies ne durent-ils pas longtemps ? Parce que Safari a décidé de les bloquer de base. Ils estiment que cela répond à une demande des utilisateurs. De même, une personne qui met un adblocker fait le choix de bloquer les publicités sur son ordinateur. Nous proposons une solution technique pour contourner cela. Qu'en penses-tu ?
Romain Baert : C'est un sujet passionnant sur plusieurs aspects. Le premier, c'est que le contournement du RGPD grâce au server-side est hors de question. La loi est claire : il faut le consentement pour traquer un utilisateur, que ce soit avec des cookies, le server-side, le fingerprinting ou toute autre technique de traçage. Les recommandations européennes sont très claires à ce sujet. Nous-mêmes, en tant qu'internautes, savons qu'il y avait des abus et il est très bien que cette partie soit régulée.
Romain Baert : Ensuite, concernant les techniques qui vont plus loin, la politique d'Apple est problématique car ils bloquent certains éléments pour des raisons de marché. Leur publicité n'est pas leur priorité. On pourrait presque croire qu'Apple est une ONG de la sécurité et de la confidentialité. La base légale est que nous avons le droit, après consentement, d'avoir une identité de 6 mois, en conformité avec ce que nous avons promis aux clients dans les CGU.
Romain Baert : Apple met des verrous mais ce ne sont pas des interdictions. Par exemple, dans Safari 16.4, vous pouvez déposer un cookie avec une durée de vie de 6 mois, mais si l'IP du site web et l'IP du dépôt du cookie ne sont pas les mêmes pour les 6 premiers caractères, le cookie est limité à 7 jours. C'est une règle, un verrou, mais pas une interdiction.
Romain Baert : Concernant les adblockers, c'est un autre sujet. La grande question est de savoir si l'adblocker prévaut sur le consentement ou si le consentement prévaut sur l'adblocker. Vous avez la capacité de contourner les adblockers, mais devez-vous le faire ? C'est une question éthique et de risque pour l'entreprise. Certaines personnes utilisent des adblockers pour éviter les publicités intrusives, pas nécessairement pour des raisons de confidentialité. Si quelqu'un veut protéger sa confidentialité, il utilise un navigateur comme Brave.
Romain Baert : Nous offrons des outils et des options, mais il appartient à chaque entreprise de décider de les utiliser ou non. Nous ne faisons pas la promotion du server-side comme moyen de contourner les adblockers, car ce n'est pas une promesse fiable et certains clients peuvent ne pas le vouloir. Nous avons des clients qui choisissent de respecter la vie privée en bloquant les adblockers.
Nicolas Chollet : Je dirais aussi qu'il faut voir d'où l'on vient. Le server-side est fondamentalement sain. Dans le monde de la publicité, tout ce qui peut être fait sera fait, souvent sans limites morales, seulement légales. Lorsque vous allez sur le site de la FNAC avec un Facebook tracking, puis sur Cdiscount et Amazon, Facebook utilise ces données pour faire du profiling utilisateur à son profit, pas pour les sites eux-mêmes. Avec le server-side et la fin des cookies tiers, nous empêchons techniquement cela.
Romain Baert : Exactement. Les deux plus beaux arguments du server-side sont la gouvernance et la performance web. Les tags que tu mentionnes ont un impact sur la performance web lorsqu'ils sont client-side. La multiplicité des pixels ralentit le temps de chargement, ce qui affecte le SEO et le taux de conversion, surtout pour les utilisateurs sur mobile dans des zones à faible connexion.
Romain Baert : Il y a aussi le problème des tags installés pour des campagnes spécifiques, comme Pinterest. Même si vous ne dépensez plus d'argent sur Pinterest, le pixel reste activé, impacte la performance web et envoie des données à Pinterest sans contrepartie. Avec le server-side, vous pouvez facilement mettre en pause ou réactiver un tag, ce qui améliore la gouvernance des données.
Romain Baert : Un DPO ne sait pas toujours ce qui est fait des données côté client-side, mais avec le server-side, tout est clair et transparent. Vous savez exactement à qui vous envoyez les données, quelles données sont envoyées et sous quelles conditions. Cela renforce la crédibilité de la gouvernance des données.
Romain Baert : En résumé, le server-side est un projet marketing et de gouvernance important. Il a sa place face aux autres éléments de lutte contre les cookies tiers.

Sur le développement commercial d’Addingwell

Nicolas Chollet : Alors maintenant, j'ai quelques questions sur la boîte Addingwell. J'ai vu tous les mois sur LinkedIn que tu partages un petit message avec vos nouveaux clients. C'est vraiment incroyable, le nombre de nouveaux clients que vous avez et la croissance que vous avez eue. Peux-tu nous en parler un peu, nous expliquer comment vous êtes organisés et comment vous faites votre commercial ?
Romain Baert : Oui, l'histoire est folle et en toute modestie, elle est excitante tous les matins. Cette publication mensuelle, c'est aussi pour récompenser nos partenaires et nos collaborateurs. En trois ans, nous avons un portefeuille client exceptionnel, avec des noms que tout commercial rêverait d'avoir comme Intersport, AccorHotel, Maisons du Monde, Yves Rocher, de grandes banques en ligne, et des grands telcos. C'est vraiment magique et très challengeant. Lorsque nous absorbons 100 nouveaux clients par mois, il est crucial d'être ultra processé, d'avoir un produit performant, de l'inscription au produit jusqu'à la facturation et au recouvrement.
Romain Baert : Dans notre organisation, nous avons deux grands pôles. Le premier est le pôle support SGTM spécialiste, qui aide toute personne voulant se lancer dans le server-side avec une courbe d'apprentissage. Nous avons pris le parti d'évangéliser le marché et de former beaucoup d'agences et de consultants gratuitement grâce à notre programme de certification. Cela nous a semblé essentiel pour partager ce que nous avons découvert avec les prescripteurs.
Romain Baert : Concernant la commercialisation, on pourrait penser que nous avons de nombreux commerciaux vu le nombre de logos signés chaque mois. Mais en réalité, nous avons la chance d'avoir des forces commerciales qui ne sont pas nous, ce sont nos partenaires, dont Unnest fait partie. Nous avons constaté que l'annonceur ne prend pas cette décision seul, il a besoin de l'avis de l'agence qui s'occupe de son tracking et de sa web-analyse.
Romain Baert : Addingwell est presque l'outil préféré des agences marketing, cabinets et data pour répondre à la problématique de la fin des cookies tiers et du server-side. Si nous étions le produit préféré des annonceurs mais détesté par les agences, nous n'aurions pas ce niveau de croissance. Nous travaillons ensemble avec nos partenaires au profit des annonceurs qui ont besoin de résoudre leur problème data sans complications internes.
Romain Baert : Ensuite, nous avons des équipes DevOps qui travaillent en permanence pour assurer un taux de disponibilité élevé. Elles se lèvent la nuit et les week-ends pour maintenir le service.
Nicolas Chollet : Ok. Et j'ai vu que tu participais à des salons et des événements comme les Big Boss. C'est intéressant ? Ça marche bien ?
Romain Baert : Oui, nous faisons aussi notre propre attribution sur ces sujets-là. Certains événements marchent mieux que d'autres. Il y a des événements coup de cœur et d'autres que nous faisons par nécessité. Comme nous sommes dans un marché d'évangélisation, nous avons besoin d'être présents sur ces événements pour faire naître des projets. Des événements comme One to One Monaco, Biarritz, et les Big Boss sont très importants pour rencontrer les annonceurs. Nous sommes aussi très présents sur le forum Data for Marketing sur Slack, que tu as créé, pour échanger des idées et trouver de nouveaux partenaires.
Romain Baert : Ces événements sont très onéreux, mais ils sont essentiels car pendant trois jours, on rencontre des décideurs qui veulent apprendre et cela booste notre visibilité. Cela nous permet aussi de ne pas avoir une force commerciale trop importante et de capitaliser sur ces événements.
Nicolas Chollet : Les ventes n'arrivent jamais par hasard, c'est toujours du travail et de l'effort. Il faut investir dans le marketing et la vente pour obtenir cette croissance.
Romain Baert : Oui, c'est sûr. Il y a des méthodes de vente plus ou moins agressives. Personnellement, j'ai toujours été moins agressif. Ma plus grande fierté est d'avoir 108 partenaires actifs avec plus d'une licence payante chacun. C'est notre plus grande fierté, car lorsqu'une agence pense au server-side, Addingwell est toujours dans leur liste. Cela montre que nous apportons une expérience de qualité dans le cycle de vente et que nos partenaires sont satisfaits.
Romain Baert : En pourcentage, environ 90% de nos clients sont accompagnés par une agence pour la migration server-side. Les 10% restants incluent des freelances ou des consultants intégrés chez le client. Rares sont les annonceurs qui s'aventurent seuls sur ce sujet, car cela comporte des risques.

L’organisation de l’entreprise, le futur etc…

Nicolas Chollet : Tu parlais d'utiliser des bureaux à Lille. Vous êtes combien aujourd'hui ? Est-ce que vous êtes physiquement dans les bureaux ou en remote ? Comment êtes-vous organisés ?
Romain Baert : Nous sommes tous physiquement dans les bureaux, sauf un collaborateur récemment recruté à Nantes, qui est Data Scientist. C'est notre premier recrutement en remote. Nous avons choisi de commencer tous ensemble pour apprendre rapidement. Organiser une boîte en télétravail n'est pas pareil qu'en physique, et j'avais envie d'avoir les collaborateurs dans le circuit. Nous avons des bureaux avec des salles de réunion et des call-box, car beaucoup de notre travail se fait en visio. Nous sommes une quinzaine maintenant, avec un gros plan de recrutement à venir.
Romain Baert : Nous avons doublé la taille de l'équipe cette année et prévoyons de faire de même d'ici la fin de l'année, avec un objectif d'expansion internationale. Nous arriverons de plus en plus à du remote en fonction des méthodes de recrutement et des envies des salariés. Personnellement, j'aime aller au bureau. Même pendant le Covid, j'allais au bureau. J'aimais le calme sur les routes et pouvoir me concentrer.
Romain Baert : Quand je rentre chez moi le soir, je suis disponible pour ma famille. J'ai besoin de séparer le travail et la maison. Ça dépend des personnes, bien sûr.
Nicolas Chollet : C'est marrant, j'ai eu une période où je pensais comme toi, puis j'ai complètement changé. Les deux sont très chouettes.
Romain Baert : Oui, nous sommes à Lille, où la vie est différente de Paris. Nous avons des maisons, pas des appartements, et seulement 20 minutes de route pour aller au bureau. À Paris, avec les transports, deux jours de télétravail minimum économisent beaucoup de temps. L'écosystème Euratech est également attractif avec ses 4-5 000 collaborateurs, ses 1 000 boîtes, et ses food trucks le midi. Il y a une énergie déployée autour.
Romain Baert : Cela pourrait changer à l'avenir avec l'internationalisation. Nous devrons peut-être ouvrir des bureaux dans d'autres pays et devenir multi-sites. Ces questions RH devront être abordées pour structurer l'avenir.
Nicolas Chollet : Ouais, ok. J'ai oublié de te demander une idée des prix. Pourrais-tu nous donner une idée des paliers moyens ou des ordres de grandeur de prix ?
Romain Baert : Oui, surtout que j'ai mentionné le server-side pour tous. Chez nous, cela démarre à 90 euros par mois. Nous croyons qu'il vaut mieux investir 90 euros pour avoir des bonnes données que de les mettre dans une campagne Facebook sans pouvoir mesurer les résultats. Cela permet de tester gratuitement et de pousser à l'usage.
Romain Baert : Il est difficile de parler de panier moyen car l'écart type est énorme entre notre plus petit client qui fait quelques milliers de requêtes par jour et nos plus gros qui font des milliards par mois, comme AccorHotels et Maisons du Monde. Nos tarifs sont publics sur notre site pour la partie Pay As You Go.
Romain Baert : Pour les comptes Enterprise, avec des besoins de sécurité spécifiques comme un PSSI, un RSSI, des serveurs dédiés et des audits, les prix augmentent en conséquence. Nous offrons ces services, mais pas pour 90 euros par mois. Le prix versus bénéfice et ROI immédiat rend ce projet très intéressant pour les entreprises, car il met d'accord l'IT, le marketing et le DPO.
Nicolas Chollet : Ouais, le ROI et l'alternative de le faire en interne rendent souvent notre solution plus attrayante. Faire soi-même est souvent très compliqué pour certaines boîtes.
Romain Baert : Absolument. Si j'étais annonceur, je choisirais Addingwell.
Nicolas Chollet : Impeccable. Alors, quelles sont vos perspectives d'avenir ? Au début, je pensais que c'était une niche, mais vous m'avez prouvé le contraire. À un moment, vous aurez fait le tour du marché français. Est-ce que vous envisagez d'élargir votre produit ou d'aller à l'international ?
Romain Baert : C'est toute notre réflexion actuelle. Nous devons décider et prendre les bonnes décisions sans nous perdre. La notion de best-of-breed est importante. Sur le server-side, il faut une R&D focus pour répondre aux besoins futurs. La plateforme s'enrichit avec des briques de data transformation, des endpoints, des données offline, etc.
Romain Baert : L'international est une priorité car le server-side est un marché mondial. Les problèmes que nous avons en France existent aussi à l'international. Nous avons peu de concurrence, mais nous devons agir vite pour ne pas laisser d'autres nous devancer. Nous investissons dans des salons à l'échelle européenne pour être présents.
Romain Baert : Nous sommes un passe-plat entre la donnée du navigateur et les partenaires médias. Nous pouvons enregistrer, modifier, sécuriser et proxifier les données. Nous pourrions aussi les utiliser pour le ciblage et l'audience, mais nous nous concentrons sur notre croissance et la scalabilité internationale.
Romain Baert : Nous nous finançons sur notre croissance et sommes une boîte sur fonds propres sans levée de fonds. Cela nous permet de réagir vite aux opportunités. Nous sommes ouverts à toutes les options, mais pour l'instant, nous restons concentrés sur notre trajectoire.
Nicolas Chollet : Vous êtes leader incontesté en France. Tout le monde vous connaît. Vous commencez à communiquer en anglais et à vous sponsoriser en Europe. Je pense à Didomi, qui a levé beaucoup d'argent pour devenir leader mondial. Avez-vous envisagé cela ?
Romain Baert : Oui, c'est passionnant et stressant à la fois. Nous devons prendre les bonnes décisions. Tous ceux qui ont levé des fonds avec succès disent souvent qu'ils auraient préféré ne pas le faire, mais c'était nécessaire pour grandir. L'international est crucial pour nous.
Romain Baert : Nous avons besoin de conseils et de professionnalisation pour réussir à l'international. Nous devons être réactifs et saisir les opportunités. Pour l'instant, nous avançons prudemment mais avec ambition.
Nicolas Chollet : C'est marrant, le parallèle avec courir un marathon est pertinent. C'est un défi personnel et une progression.
Romain Baert : Exactement. Ce n'est pas pour la richesse. C'est la passion de voir Addingwell distribué dans d'autres pays. Tous nos derniers recrutements sont au moins bilingues pour se préparer à l'international. Nous avons déjà une cinquantaine de clients internationaux et nous préparons le support des partenaires et agences à l'étranger.
Nicolas Chollet : Super intéressant. J'arrive à la fin de mes questions. Y a-t-il des sujets que nous n'avons pas abordés ?
Romain Baert : Nous avons couvert beaucoup de sujets, du server-side à des questions plus personnelles et entrepreneuriales. Tu pourrais peut-être découper la vidéo en plusieurs parties selon les audiences : entrepreneurs, annonceurs, agences. J'espère que cette vidéo aidera chaque personne qui la regarde.
Romain Baert : Ravi de cette vidéo et de la collaboration avec Unnest. Si vous avez besoin de server-side, contactez Unnest ou Addingwell pour une solution française performante.
Nicolas Chollet : Merci beaucoup. C'est la première vidéo de ce genre que je tente et j'ai trouvé ça super riche. Bravo pour ce que vous faites, c'est vraiment exceptionnel.
Romain Baert : Merci Nicolas. C'était un plaisir.