Ça faisait un moment que je n'avais pas mis les pieds en conférence. Et chaque année, en Alsace (ma région natale), se tient le Bizz&Buzz, le festival du numérique alsacien. Une excuse toute trouvée pour passer la journée dans les fauteuils (ultra confortables) de l’UGC strasbourgeois.
Le GEO, je le suis de près. Mais sur un sujet aussi jeune, jeter un petit coup d’œil à la copie des voisins ne fait jamais de mal. Et ça tombe bien : les intervenants ont généreusement partagé des idées, tests et quelques chiffres.
Donc ce jeudi 15 octobre, je me suis posé dans les fauteuils (je vous ai dit que c’était confortable ? c’est peut-être le manque de sommeil) pour une journée de conférences. Je vais vous partager ce que j’ai vu sur 3 d’entre elles qui ont retenu mon attention !
Luca Fancello : Comment (enfin) devenir visible sur ChatGPT et les IA : la méthode prouvée par la data
Luca Fancello, cofondateur et CMO de Qwairy, outil de suivi de visibilité dans les IA. Plus de 10 ans de SEO, Alsacien, voix du podcast Position Zéro et de la newsletter La Lettre du SEO.
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9h, et premier sur scène sans trembler. Luca était déjà là l'an dernier (même pull, il l'a dit lui-même). En un an, le GEO a bien bougé, et son premier message est clair : être mentionné ne suffit plus. Si l'IA vous cite puis ajoute “attention, le service client est lent”, c’est perdu.
C’est un peu le sujet qui passe parfois à la trappe : être cité, oui, mais sous quelle lumière ? Ça me fait un peu penser à l’adage “qu’on parle de moi en bien ou en mal, l'essentiel c'est qu'on parle de moi”, mais a-t-il bien sa place en GEO ?
Je suis partagé dans le sens où les IA aiment bien être factuelles, mais adorent plus que tout adopter un style un peu clivant pour synthétiser des débats :
« Ce n’est pas X mais Y qu’il faut comprendre, etc. »
Elles utilisent massivement des structures de contraste pour garder l’attention du lecteur (du putaclic sémantique en somme).
Le sujet fait beaucoup cogiter les esprits, mais revenons à la conférence de Luca. Il nous a partagé ses quatre vérités du moment :
- Il n'y a pas une IA, mais des IA (structure de contraste 😄). AI Overviews et ChatGPT ne partagent que 7 % de leurs sources. Le “on optimise pour Google, ça marchera partout” est terminé.
- Les réponses sont instables. Une fois sur quatre, la présence d'une marque bascule quand on repose la même question. Un relevé par mois, c'est une photo floue.
- Tout peut changer en une nuit. En août, environ 95 % des liens Reddit ont disparu des citations de ChatGPT. Les SEO connaissent déjà la chanson des core updates.
- L'IA est une conversation. ChatGPT termine presque toujours par une question de relance. Le premier prompt n'est que le début du parcours.
C’est le point de la conférence que j’ai trouvé le plus intéressant : on me demande souvent si on peut connaître le contenu de la conversation après quelques échanges, malheureusement non sauf outil d’espionnage.
Cependant, automatiser la capture des questions de relance des LLM paraît facilement réalisable, sous forme d’arbre de conversation, avec une surcouche d’analyse récursive pour surveiller la cohérence des réponses (et des relances !).
Plusieurs usages utiles me sont venus, pour des idéations sur les prompts, de l’exploration de l’univers sémantique (en vectorisant les questions), et la répétition de l’exercice at scale pour observer la « stabilité ».
Luca nous partage des éléments de compréhension pour suivre sa visibilité dans les LLM. Le tout prend la forme d’une méthode en quatre étapes :
- définir ses prompts (qui demande, à quel moment du funnel, avec ou sans la marque, comment un humain le formule vraiment, quelle sera la question suivante),
- produire les bons contenus,
- travailler les sources externes,
- puis regarder comment l'IA parle de vous.
Luca évoque ensuite le cas de Lefebvre Dalloz : une utilisatrice de Qwairy a remarqué que ChatGPT présentait Lefebvre et Dalloz comme deux concurrents, alors qu’il s’agit d’une seule et même maison (un peu comme Dupond et Dupont, qui ne sont ni cousins ni jumeaux dans le lore Tintin mais tout de même liés). Elle a complété en détail la page À propos existante sur le site : il a fallu environ six semaines pour que l’IA comprenne définitivement que ce n’est qu’une seule entité.
👉Son bon plan pour ranker dans les classements de sources des LLM : quand les sites de « top 10 » font la sourde oreille (les experts du netlinking savent), Luca explore les sites moins spécialisés mais qui proposent la rédaction, contre rémunération (les experts du netlinking savent encore). Résultat : de zéro à plus de 20 % de visibilité sur ces prompts.
Très bonne conférence, avec du rythme, facile à aborder pour les moins avertis, de la data, et surtout des exemples pratiques et applicables le jour J.
Par contre, Luca, c’est un drame que tu n’aies toujours pas investi dans un ventilateur de plafond ! Pour en être un heureux possesseur, c’est un game changer ! 😄
Guillaume Pracht : Google Search et IA : quels leviers méritent vraiment votre budget ?
Guillaume Pracht, consultant SEO spécialisé off-site chez Linksgarden depuis 2022 : netlinking, digital PR, articles GEO. Plutôt grands comptes, plus de 10 ans dans la gestion de projets numériques.
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Guillaume est venu et n’a pas traîné pour poser les questions que j’entends depuis des années sur le netlinking, mais cette fois-ci appliquées au GEO : on met l'argent où ?
Le contexte, on le connaît : AI Overviews est déployé en France depuis juillet 2026 et le CTR trinque, surtout sur l'informationnel.
Mais Guillaume le dit sans détour : le GEO, c'est surtout du SEO. Mêmes piliers (technique, contenu, autorité), parce que les IA explorent le web comme des robots. Un socle SEO bancal, et vos chances dans les IA fondent.
Là-dessus, c’est le mot de la journée : GOOD SEO IS GOOD GEO. Ou bien l’inverse ? 🤔
Une des différences en GEO, c'est le query fan-out (explication de Google) : l'IA éclate votre question en sous-requêtes (comparatifs, prix, avis, alternatives). C'est sur ces sous-intentions qu'il faut publier, sur son site et ailleurs.
Petit aparté : en SEO, on retrouve un peu cette logique depuis quelques années, avec l’algorithme BERT en 2019 sur la compréhension de la query, puis MUM en 2021, qui visait à répondre à des questions dans le Search sans que l’utilisateur enchaîne les requêtes (Google parlait de 8 requêtes en moyenne).
Le fan-out, c’est un peu la suite logique : l’IA les enchaîne à votre place.
D’ailleurs, sur le fan-out, il existe pas mal d’extensions Chrome qui vous proposent de les récupérer depuis vos sessions avec ChatGPT.
Mais saviez-vous qu’il est possible d’aller encore plus loin en entraînant un petit modèle IA en local à générer des fan-out ? Une solution sur-mesure, comme on aime faire chez Unnest, qui offre une multitude d’avantages (rien que l’aspect gratuit + souverain) sur laquelle il faut vraiment que j’écrive un jour !
Revenons à la conférence de Guillaume avec une petite phrase choc : l'autorité SEO ne se transpose pas au GEO.
Des petits blogs sans trafic se font citer. Chez un de ses clients, un article à 37,50 € sur un blog de niche performe mieux qu'un article média à 3 000 €.
Bon, précisons qu’il a quand même nuancé : Ahrefs allait dans ce sens, mais Semrush constatait presque l’inverse.
Leurs métriques d’autorité (propriétaires) ne sont jamais les mêmes, donc prudence.
Quelques questions qui en découlent : doit-on allouer encore plus de temps sur la partie de découverte et sourcing de sites vs du spend de gros budget sur de l’inventaire média prémâché des plateformes ?
Pour finir, Guillaume nous partage ses guidelines que je ne peux qu’approuver :
- Le socle on-site : technique, architecture, contenus qui répondent aux intentions.
- Adapter l'existant avant de produire du neuf.
- L'off-site classique : backlinks pertinents, digital PR si le budget suit.
- Le GEO off-site : comparatifs et tops sur des blogs spécialisés, plus quelques médias.
- Mesurer, ajuster, recommencer.
En résumé, on fait des constats, on investit, puis on mesure : un beau programme classique mais toujours efficace.
Son cas client sur une auto-école (échelle nationale) : du boulot sur une douzaine d'articles comparatifs par mois sur des petits blogs, ciblés pour remonter sur des prompts géolocalisés mots-clés + ville. Une méthodo simple et qui fait le taff avec de beaux résultats.
Le GEO et son poids dans le budget ont de beaux jours devant eux. Jusqu'au prochain update, évidemment.
J’ai toujours regardé avec méfiance le netlinking car difficile à attribuer à un ROI (à y réfléchir le SEO et son poids dans les modèles d’attrib c’est tout aussi casse gueule).
C’est donc une bonne piqûre de rappel : force est de constater que le off-site est toujours un boost non négligeable en SEO / GEO. Cette ligne dans la stratégie marketing digitale doit être partagée (disputée ?) avec la com’, les RP, le branding : c’est un travail de coordination, de recherche et de minutie.
Les boîtes qui avaient déjà pigé ça avant ont maintenant une longueur d’avance avec le GEO.
Alizée Baudez : Gagner sa place dans le search IA des deux côtés de la frontière : étude exclusive France-Allemagne-Suisse
Alizée Baudez, consultante SEO international. Intervient en Master 2 à l'EM Strasbourg, et revenait d'une conférence Google à Barcelone en qualité de conférencière.
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La troisième conférence dont je voulais parler, c’est un sujet alsacien, mais également européen : être visible des deux côtés de la frontière (voire des trois ?), dans un sujet multilingue et multiculturel.
L’Alsace est une merveilleuse région (je suis totalement biaisé) qui se trouve aux côtés de l’Allemagne et de la Suisse. Oui, une région frontalière, je ne vous apprends rien.
- En Alsace, on parle français, et dans certains cas l’alsacien qui a de grandes similitudes avec l’allemand.
- Les Allemands parlent allemand (vous suivez ?) et un peu d’anglais, ils aiment parler français mais pas sur les internets.
- Les Suisses, eux, suivant la région, parlent en moyenne 2 de ces langues :
- L'allemand, parlé par environ 63 % de la population, principalement au nord, à l'est et au centre.
- Le français, parlé par environ 23 % de la population, dans l'ouest du pays ou Suisse romande.
- L'italien, parlé par environ 8 % de la population, au Tessin et dans le sud des Grisons.
- Le romanche, parlé par environ 0,5 % de la population, dans le canton des Grisons (ça c’est pour la culture).
- Et un peu d’anglais surtout dans les grandes villes.
Alizée arrive donc avec une étude toute fraîche : 3 langues (français, allemand, anglais), 3 pays (dont la Suisse), 3 IA (AI Overviews, ChatGPT, Perplexity), 1 944 tests. Collecte faite à la main, avec un outil codé maison.
Elle nous a partagé les grands principes à avoir en tête si vous travaillez sur un périmètre GEO (ça compte aussi pour le SEO) dans un contexte multilingue et multipays :
- Changer de pays n’a que peu d’impact, par contre changer de langue est un facteur déterminant dans la réponse.
Ce que je retiens : traduction dans une langue = un marché à localiser.
- Trois IA qui ont trois logiques. Google et Perplexity lisent votre langue. ChatGPT se base sur l’adresse IP. Concrètement, l’exemple qu’elle nous a partagé : une question réglementaire posée en allemand depuis la Suisse peut vous renvoyer vers du droit allemand.
La logique de la détection de la langue ou de la localisation est un problème classique du SEO et de l’UX : faut-il rediriger sans explication un user sur sa locale (pour les devises par exemple) + langue ou bien le faire atterrir sur une page pour qu’il fasse son choix / via une modale.
Ce que j’ajouterais sur la détection de qui vous êtes, à titre d’hypothèse : une interface web peut techniquement récupérer bien plus que l’adresse IP. La disposition du clavier (FR → AZERTY / DE, CH → QWERTZ), la langue acceptée par le navigateur (Accept-Language), le modèle de téléphone (certains sont spécifiques à une locale), la connexion internet, l’OS, et j’en passe. Rien ne documente que les LLM s’en servent, mais les signaux sont là (et ma parano aussi).
- Vendre en Suisse, c'est affronter la France et l'Allemagne. Les IA citent des sites français ou allemands bien avant les sites suisses.
- En B2B, la source, c'est vous. Quand la marque est nommée, son site est cité dans plus de 90 % des cas. Mais une fois sur quatre seulement dans la bonne version pays.
C’est aligné avec la conférence de Luca et son exemple de Lefebvre Dalloz : une bonne page à propos et plus généralement des pages de branding sont essentielles en GEO pour aider les IA à apprendre de vous.
Petite surcouche ici qui vaut sur beaucoup de sujets : garder la cohérence et la fiabilité entre les langues.
Sa règle pratique pour améliorer sa visibilité dans des contextes internationaux : si vous ne pouvez pas citer trois sources locales qui vous connaissent dans le pays visé (distributeurs, presse pro, partenaires), commencez par là. Sinon, vous pouvez vous concentrer sur les marchés où vous existez déjà.
Dernier exemple côté e-commerce / conversion qui m’a parlé sur les spécificités de langue + localisation. On ne vend pas les mêmes modèles de canapé aux Pays-Bas qu’en France : les escaliers sont trop étroits là-bas pour plein de raisons historiques et culturelles.
À ce sujet, j’ai souvent le discours de bien prendre en compte la manière de parler / écrire sur un site web en fonction de l’audience, qu’elle soit internationale ou non. Mon exemple classique, ce sont les différences UK / US pour l’orthographe de mots comme colour / color.
Je n’avais jamais pensé à faire explicitement le rapprochement avec des usages / habitudes culturels des consommateurs : un excellent rappel !
Pour la culture, le seul rapprochement qui me vient de mémoire, ce sont les sites chinois qui n’ont pas DU TOUT la même idée de ce qu’est l’UX que par chez nous (jusqu’au choix des couleurs).
Ce que je retiens de la journée
- Good SEO = good GEO. Les trois l'ont dit, chacun à sa manière. Le socle reste le socle. (Même si un prompt ≠ une requête avec quelques subtilités)
- On mesure par IA, et plusieurs fois. Une seule mesure ne dit pas grand-chose.
- Être cité ≠ être recommandé. La façon dont l'IA parle de vous compte autant que le fait d'apparaître.
- Les classiques reviennent en force : la page À propos, les pages avis, les comparatifs et une intro qui répond tout de suite à la question.
- Le GEO international hérite des casse-têtes du SEO international. Langue, pays, versions, autorité locale : les mêmes questions se posent, avec en prime trois IA (voire beaucoup plus…) qui ne les tranchent pas de la même façon.
- Être cité par les autres compte autant que ce qu'on publie. Sites d'autorité ou petits blogs de niche, les sources externes pèsent lourd. Et on-site, off-site, RP et branding doivent avancer ensemble.
Bref, pas de recette magique. Du test, de la mesure, et beaucoup de SEO bien fait.
Merci aux speakers et rendez-vous l'an prochain 😄
Pour aller plus loin
- L’article de Luca sur Qwairy sur les relances : The First Answer Isn't the Decision: How AI Assistants Keep Buyers Talking
- L’article d’Alizée dédié à sa conférence : https://alizeebaudez.com/blog/cross-border-ai-visibility-study
- Et le lien vers son étude interactive, avec les sept constats et les graphiques : https://alizeebaudez.github.io/multi-market-ai-visibility-study/fr/